FIBROMES UTÉRINS partie 2 -Entretien exclusif avec le Dr Zuckermann
De plus en plus de patientes s’intéressent aux médecines alternatives pour soulager leurs symptômes. Existe-t-il des compléments alimentaires ou approches micro-nutritionnelles utiles chez les femmes présentant des fibromes ?
Les compléments alimentaires et une alimentation anti-inflammatoire peuvent offrir un soutien dans la gestion des symptômes associés aux fibromes notamment l’inflammation, les saignements abondants ou pour soutenir de l’équilibre hormonal et corriger certaines carences nutritionnelles.
Il est important de préciser que ces approches ne remplacent jamais un traitement médical ni un suivi gynécologique.
Micronutrition et fibromes : quels bénéfices ?
Plusieurs nutriments font l’objet de recherches pour leur rôle potentiel dans le confort gynécologique :
- Vitamine D : des études suggèrent qu’un taux bas pourrait être associé à une prévalence plus élevée de fibromes. Une supplémentation peut être indiquée chez les patientes carencées pour réduire le risque de fibromes.
Référence scientifique : Baird DD et al., Am J Clin Nutr, 2013; 98(6): 1606–1613.
- Oméga-3 et curcumine : possèdent des propriétés anti-inflammatoires significatifs et antioxydantes, ils peuvent contribuer à réduire l’inflammation générale, le stress oxydatifs et certains inconforts liés aux fibromes. La curcumine agit sur plusieurs voies de signalisation cellulaire impliqués dans l’inflammation, sans oublier ses propriétés antioxydantes qui aident à réduire le stress oxydatif, facteur majeur d’inflalmmation chronique. Les oméga-3 jouent également un rôle dans la régulation hormonale, soutenant la fonction hormonale globale et en exercent une action anti-inflammatoire directe.
Références : Calder PC, Nutrients, 2017; 9(9): 1052 ; Gupta SC et al., Nutrients, 2013; 5(12): 4839–4852. GUPTA : NO
- Fer: Indiqué en cas d’anémie liée aux règles abondantes. Doit être prescrit après un bilan biologique.
Référence : World HealthOrganization, 2016. Guidelines on ironsupplementation.
- Magnésium et vitamine B6 : intéressants pour soutiennent l’équilibre nerveux et hormonal. La vitamine B6 aide à réduire les œstrogènes et augmenter la progestérone, améliorant l’équilibre hormonal et l’humeur. Une combinaison magnésium + B6 peut être plus efficace pour le syndrome prémenstruel que la prise isolée.
Références : Walker AF et al., J Hum Nutr Diet, 1998;11: 3–12. WALKER : NO
- Zinc: Essentiel au fonctionnement du système endocrinien et à la production hormonale. Un déficit en zinc (carence) peut perturber ce système et peut être corrigée par complémentation.
Référence : Prasad AS, J Am Coll Nutr, 2008; 27(2): 257–265. PRASAD :NO

Points clés à retenir
- Ces micronutriments peuventaider à soutenir l’équilibre hormonal et, de manière indirecte, contribuer à ralentir la croissance des fibromes, qui sont hormonodépendants.
- Ils peuvent égalementatténuer certains symptômes, mais ne constituent pas un traitement curatif.
- Il est essentiel deconsulter un professionnel de santé avant toute supplémentation, car leur efficacité varie selon les besoins individuels et la cause sous-jacente du déséquilibre.
Plantes adaptogènes
Certaines plantes dites « adaptogènes » sont utilisées pour aider à gérer le stress, la fatigue, qui peuvent exacerber certains symptômes. Elles contribuent à améliorer le bien-être général et à atténuer certains inconforts, mais n’agissent pas directement sur la taille des fibromes.
- Ashwagandha (ou ginseng indien) : L’ashwagandha est une plante adaptogène utilisée depuis des millénaires en médecine ayurvédique. Bienfaits principaux : aide à réduire le stress et à améliorer la qualité du sommeil ; contribue à l’équilibre hormonal ; réduit les taux de cortisol, l’hormone du stress, parfois associée à une baisse de libido et à une fatigue persistante ; améliore la vitalité et le bien-être global. Grâce à son effet régulateur sur la réponse au stress, l’ashwagandha peut être un soutien intéressant dans le cadre d’un mode de vie visant la santé hormonale.
- Le Ginseng : Le ginseng est traditionnellement utilisé pour lutter contre la fatigue physique et mentale. Actions reconnues propriétés adaptogènes et antioxydantes ; amélioration de la vitalité et de la résistance au stress ; soutien de la santé sexuelle et de la libido; bénéfices potentiels sur la peau et les cheveux, grâce à ses composés antioxydants. Le ginseng est souvent recommandé pour son action tonique générale, surtout chez les femmes présentant un manque d’énergie ou une fatigue chronique.
- La Maca : Originaire des Andes, la Maca est une plante adaptogène souvent utilisée pour le bien-être hormonal et la stimulation de la vitalité.
Effets principaux : aide à harmoniser la production d’œstrogènes et de progestérone ; peut contribuer à régulariser les cycles menstruels irréguliers via une action sur l’axe hypothalamo-hypophysaire ; stimule la libido ; améliore l’énergie, la fertilité, la vitalité et le tonus général ; participe à la santé osseuse, ainsi qu’à la qualité de la peau et des cheveux.

Précaution : Ces plantes doivent être évitées chez les femmes enceintes, allaitantes, sous contraception hormonale, ou ayant des antécédents de pathologies hormonodépendantes ou vasculaires.
Alimentation anti-inflammatoire et antioxydante
Adopter une alimentation équilibrée peut aider à réduire l’inflammation générale et soutenir le confort gynécologique.
Les aliments souvent recommandés incluent :
- Le poissons gras (saumon, maquereau, sardines) riches en oméga-3,
- Les fruits et légumes colorés (myrtilles, framboises, épinards),
- Les épices anti-inflammatoires (curcuma, gingembre),
- Les noix et graines (lin, chia, noix),
- Les huiles riches en acides gras insaturés (olive, colza),
- Les légumineuses, céréales complètes
- Une hydratation adéquate.
Un régime alimentaire riche en antioxydants (y compris la vitamine C, polyphénols, sélénium) peut avoir un effet préventif sur les fibromes en réduisant le stress oxydatif impliqué dans de nombreux processus cellulaires.
Des études montrent également que les régimes anti-inflammatoires peuvent aider à diminuer certaines douleurs gynécologiques, notamment celles liées aux règles ou à l’endométriose. Ces régimes consistent à privilégier les aliments qui luttent contre l’inflammation, comme les oméga-3 (poissons gras) et les antioxydants (fruits et légumes), tout en limitant les aliments pro-inflammatoires comme l’alcool, la viande rouge et les sucres raffinés. Ces régimes doivent être combinés à un suivi médical, car ils ne remplacent pas les traitements conventionnels comme les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS).

Dans la prise en charge globale des fibromes, la médecine intégrative peut jouer un rôle complémentaire. Associées aux traitements médicaux classiques, la micro-nutrition et l’alimentation anti-inflammatoire peuvent aider à réduire l’inflammation, la douleur et la fatigue. L’approche la plus efficace reste personnalisée et encadrée par un professionnel de santé, en fonction du type de fibrome, des symptômes et du projet de grossesse de chaque patiente.
Phytothérapie
La phytothérapie peut être recommandée chez certaines patientes pour les fibromes utérins afin de gérer les symptômes comme les règles abondantes, les douleurs et les tensions mammaires. Elle est particulièrement adaptée aux patientes qui recherchent des solutions naturelles, mais ne remplace pas un avis médical. Elle est contre-indiquée chez les femmes sous contraception orale, enceintes ou allaitantes et doit être évitée en cas d’antécédents de maladies hormonodépendantes ou de phlébite. Elle a une place de plus en plus centrale dans ce domaine.
Quel est le lien entre les déséquilibres hormonaux et les fibromes ?
Les fibromes sont des tumeurs bénignes hormono-dépendantes. Cela signifie que leur croissance est influencée principalement par les œstrogènes et la progestérone, deux hormones clés du cycle menstruel.
Quand parle-t-on de déséquilibre hormonal ?
Un déséquilibre peut survenir en cas d’obésité,de stress chronique,de manque de sommeil,d’exposition aux perturbateurs endocriniens,de dysbiose intestinale (voir plus loin),ou simplement avec l’âge.Ce déséquilibre peut favoriser l’apparition, la croissance, la diminution ou l’aggravation des fibromes.
Microbiote & déséquilibre hormonal
Le microbiote intestinal ne se contente pas de digérer nos aliments : il influence aussi notre équilibre hormonal. Il faut comprendre que le microbiote et les hormones interagissent de manière bidirectionnelle : le microbiote influence l’équilibre hormonal (notamment les œstrogènes via l’«estrobolome »).
- Si le microbiote est équilibré, les œstrogènes sont correctement éliminés et l’équilibre hormonal est stable.
- Si le microbiote est déséquilibré (dysbiose), les œstrogènes peuvents’accumuler augmentant l’exposition du corps à ces hormones ce qui peut favoriser les maladies hormono-dépendantes, dont les fibromes, l’endométriose, SOPK (syndrome des ovaires polykystiques),certains cancers hormonaux-dépendants.
Il est important de comprendre que l’alimentation, la prise d’antibiotiques, le stress et le mode de vie peuvent influencer indirectement la santé utérine via le microbiote.
Le stress et son impact sur les fibromes
Le stress chronique a des effets profonds sur l’équilibre hormonal féminin en sur-activant la production de cortisol, l’hormone du stress.
Un stress prolongé peut affecter la production d’autres hormones comme les œstrogènes, la progestérone et la testostérone et entraîner un cycle irrégulier ou absent (Aménorrhée) et des règles douloureuses, une ovulation perturbée, une exacerbation des symptômes prémenstruels(SPM), une augmentation de l’inflammation dans le corps.
Le stress peut engendrer un manque de sommeil qui accentue ces effets : moins de sommeil = plus de cortisol = plus de déséquilibres hormonaux.
Bien qu’il n’y ait pas de lien de cause à effet direct prouvé entre la psychosomatique et le développement des fibromes utérins, plusieurs éléments suggèrent une connexion émotionnelle et psychologique : le stress et l’anxiété peuvent exacerber la condition et les fibromes eux-mêmes peuvent engendrer de l’anxiété et de la dépression.
Les femmes atteintes de fibromes utérins souffrent souvent de dépression, d’anxiété et de stress et peuvent avoir un sentiment d’impuissance ou un manque d’estime de soi. Un mauvais sommeil dérègle le cortisol, leptine et ghréline (appétit/poids) et entretient les déséquilibres hormonaux.
Le poids
La gestion du poids, de l’activité physique et du stress est très importante pour prévenir l’évolution des fibromes utérins. Un poids corporel sain aide à limiter la production d’œstrogènes, l’exercice régulier peut réduire le risque et les symptômes et la gestion du stress peut aider à maintenir un équilibre hormonal. Ces facteurs sont interdépendants et une approche combinée est recommandée.
Le tissu graisseux produit des œstrogènes.
Un excès de poids = excès d’œstrogènes = risque plus élevé de fibromes ou de symptômes plus marqués.
L’activité physique aide à réguler les hormones, diminuer l’inflammation, réduire le stress et améliorer la circulation sanguine. Les études montrent qu’une activité régulière pourrait réduire la progression des fibromes.

Solutions et conseils pratiques pour les femmes au quotidien
Mieux vivre avec des fibromes passe avant tout par une approche globale : une alimentation anti-inflammatoire, une activité physique régulière, une bonne gestion du stress et un suivi attentif de vos symptômes par exemple grâce à un journal menstruel. En cas de fatigue ou de saignements importants, un traitement médical (analgésiques, fer…) peut être nécessaire.
Lorsque les fibromes deviennent douloureux, volumineux ou perturbent la fertilité, des options médicalisées (hormonothérapie, embolisation, chirurgie) peuvent être envisagées selon votre projet de grossesse et votre profil clinique.
La médecine intégrative propose une approche personnalisée, en combinant soins conventionnels et stratégies complémentaires pour réduire l’inflammation, rééquilibrer les hormones et soutenir la fertilité. Elle tient compte de l’ensemble de votre santé physique, hormonale et émotionnelle et permet d’adapter les traitements au fil du temps.
Quel est votre dernier message pour toutes ces femmes qui nous lisent ?
Les fibromes sont bénins dans la grande majorité des cas, mais ils ne doivent pas être ignorés. Toute douleur inhabituelle, tout saignement anormal ou toute gêne pelvienne doit amener à consulter. Et surtout : vous n’êtes pas seules. Parlez-en, faites-vous accompagner et n’attendez pas que les symptômes deviennent invalidants.